Les Natifs des îles Britanniques

 

Les natifs des îles Britanniques peuvent se subdiviser grossièrement en : Bretons, Irlandais, et Pictes.

 

Les Bretons

Les Bretons, ou Britons, habitaient ce qui constitue aujourd’hui l’Angleterre, le Pays de Galles, la Cornouailles et le sud de l’Ecosse. Jusqu’au début du Vème Siècle, ils sont citoyens romains, leurs régions sont subdivisées en quatre Provinces. Ils sont assez romanisés, et leurs habitats se constituent majoritairement de maisons « à la romaine », on retrouve même de nombreuses villas en zone rurale. Ils abritent jusqu’en 383 sans doute au moins deux légions. Les subdivisions administratives sont les Cités, Nennius prétendra plus tard qu’il y en avait vingt-huit.

On y trouve de nombreuses poteries romaines jusqu’au milieu du Vème Siècle, les villes sont organisées autour de forum, avec bains, théâtres, amphithéâtres. Les villas, qui commencent à être abandonnées à partir de 360, sont progressivement remplacées par les maisons rondes purement britonnes, qui deviennent majoritaires à partir de 450 environ.

En 450 environ, on trouve également une grande absence de pièces de monnaie, qui semblerait indiquer l’abandon de la monnaie pour le troc. De même, on trouve de moins en moins de poteries industrielles, plus de productions locales de moins en moins romaines. On trouve quelques poteries originaires d’Aquitaine, ce qui semble indiquer un commerce occasionnel avec la Mer d’Irlande, ainsi que des poteries de production locale en Cornouailles, qui sont jumelles de certaines trouvées à la même époque en Irlande, indiquant ainsi un migration des compétences. De plus, le travail du fer est en déclin à partir de 400 environ.

Une des grandes caractéristiques archéologiques de l’époque semble être la réoccupation de forts datant de l’âge pré-romain. Beaucoup de ces forts accueillent alors des monastères ou autres édifices religieux, certains n’abritent que des maisons, isolées ou non. Quelques crannogs (forts sur des îles artificielles) sont retrouvés dans des marais.

On peut se baser sur Gildas, qui décrit la situation dans le sud-ouest, pour affirmer que les gouverneurs romains étaient remplacés au début du Vème Siècle, par des monarques tribaux comme on en trouvera plus tard au Pays de Galles. De même, il nous apprend l’arrivée des Saxons, et que leur avancée fut stoppée à la fin du Vème ou au début du VIème Siècle. C’est sans doute l’arrivée des Saxons qui motiva ce retour aux forts de motte.

 

La Religion des Bretons

Les bretons de la période arthurienne présentent plusieurs particularités. Tout d’abord, les données de l’archéologie (et Gildas nous le confirme) tendent à montrer que la religion chrétienne n’était pas si ancrée que ça. On trouve de nombreuses traces de retour à l’ancienne religion des celtes, même si ce n’est apparemment pas majoritaire.

De plus, le christianisme qui est pratiqué est très particulier : il donne d’abord naissance à l’hérésie de Pelagius, puis ensuite est constituée d’une multitude de saints qui évangélisent à qui mieux mieux Cornouailles, (Petite) – Bretagne et Irlande.

Ces saints pratiquent l’ermitage, fondent des monastères de retraite ; on en a un bon exemple sur la presqu’île de Tintagel, lieu légendaire de la conception d’Arthur : des bâtiments rectangulaires séparés forment des celles individuelles, mais on trouve des bâtiments communs comme bibliothèque, scriptorium, réfectoire et maison de sudation.

L’Eglise de Bretagne sera ensuite un peu lente à suivre les directives de Rome ; certains en blâmeront les invasions saxonnes qui auraient coupé la route vers le continent. Cependant, il y a de nombreuses preuves de communication Bretagne – Gaule par la suite, et d’un certain conservationnisme des prêtres bretons.

Pour l’anecdote : les prêtres bretons se tonsuraient latéralement d’oreille à oreille, et non le haut du crâne.

 

La Langue des Bretons

La langue des Bretons est le brittonique, langue celtique plus fortement apparentée au gaulois qu’au gaélique (d’Irlande ou plus tard d’Ecosse). Lors des invasions germaniques, la langue reculera avec les peuples pour suivre ses utilisateurs, devenant ainsi le gallois, le breton, le cornique et le manx. On en retrouve très peu de traces, essentiellement en fait quelques textes et inscriptions tardifs qui ne sont pas encore du vieux – gallois. L’auteur breton le plus connu de cette époque, Gildas, écrivait lui en Bas – Latin, et de plus nombreuses références en cette langue permettent de dire que celle-ci s’était au moins installée en tant que langue d’érudits, même après le départ des Romains.

 

Les Irlandais

Les Irlandais, qui donnent aussi naissance aux Scots, sont les natifs de l’île d’Irlande.  Peu de choses sont sûres à leur propos. On connaît deux endroits qui affichent dès 400 de nombreux objets d’origine bretonne ou romano-britonne : Belline, dans le comté de Limerick, et Coleraine du Comté de Derry. On ne sait pas si ce sont des centres de raids ou de mercenaires au service des bretons.

Deux centres de pouvoir apparaissent : Tara dans le Comté de Meath, et Freestone, dans le Comté de Kilkenny. À côté de ces deux sites, de nombreux endroits peuvent être catalogués comme capitales tribales.

Dans l’Ouest et le Nord-Ouest, les crannogs (villages sur des îles artificielles) font un grand retour.

Les anciens Irlandais vivaient soit dans des rath, forts ronds en bois, ou dans des cashels ou cahers, qui sont en pierre. L’archéologie indique quelques rares poteries, beaucoup de déchets osseux mais peu d’objets fabriqués en os, une forte utilisation du silex comme briquet.

De nombreux petits objets d’arts, broches en forme d’oméga, ou de têtes d’oiseaux, par exemple, se retrouvent en grand nombre.

Au point de vue politique, les choses semblaient être divisées en un certain nombre de petits roitelets, qui se faisaient constamment la guerre, comme en témoignent les diverses Annales (semi-légendaires) qui détaillent de nombreuses batailles au Vème Siècle.

 

La Religion des Irlandais

La majorité de l’île était incontestablement païenne à l’arrivée de Saint Patrick vers 432. Cependant, de plus en plus d’experts pensent qu’il y avait déjà un début de christianisation au début du Vème Siècle. Puis, après Patrick, puis sainte Brigid peu après, le phénomène s’est accéléré.

 

La Langue des Irlandais

Les Irlandais parlaient une langue proto-gaëlique du groupe celtique en Q (par opposition au groupe en P auquel appartiennent le gaulois et le brittonique).

 

 

 

Les Pictes

Les Pictes constituent un mystère dans l’histoire de l’Europe. Décrits à diverses reprises par les Romains, on pense que leur nom de picti viendrait du fait des tatouages qu’ils portent sur le corps. Dépeints comme véritablement effrayants, ils ont menés nombre de raids sur la Bretagne, constituant aux IVèmeVème Siècles une des menaces principales pesant sur les régions plus civilisées…

Mais que sait-on d’eux ? Ptolémée place dans ces contrées une bonne douzaine de tribus, aux IIIème Siècle on leur prétend une division entre Maeatae et Caledonii, puis un siècle plus tard, entre Verturiones et Dicaledones. Près de trois cents ans plus tard encore, un Roi Angle se battra contre des Miathi.

On ne sait pratiquement rien de leur culture. Archéologiquement, on leur reconnaît également une division bipartite : une zone que nous baptiserons Atlantique, qui couvre toute la face ouest de l’Ecosse, et au nord jusqu’au Firth Dornoch, et une zone Mer du Nord du Firth Dornoch au Firth de Forth, à peu près. Les deux se caractérisent par des différences majeures.

 

En Zone Atlantique, qui est la plus montagneuse, la plupart des établissements se trouvent en bord de mer. Jusqu’en 200 à peu près, la zone est caractérisée par des habitats très typiques, les brochs, sortes de maisons rondes fortifiées. À partir de cette date, il semble que de nombreux brochs furent abandonnés, voire démontés pour donner naissance à des maisons moins défensives, toujours de structures rondes. La théorie qui prévaut est que c’est à partir du moment où les romains n’ont plus le contrôle de la mer que les habitats défensifs perdent leur raison d’être. Cela pêut être aussi dû à la plus faible menace de la Zone Mer du Nord.

On retrouve également dans cette zone de nombreux objets d’os, de métal, et poteries.

 

En Zone Mer du Nord, l’habitat plus plat semble avoir donné naissance à un mode de vie plus propice à l’agriculture, même si les restes d’activité humaine sont moins nombreux. Les habitats retrouvés sont des forts, souvent vitrifiés, c’est-à-dire que les contreforts de poutres croisées ont brûlé à un moment ou à un autre, donnant naissance à du verre. Un des plus grands forts était celui de Burghead, près d’Inverness, qui devait constituer une résidence royale, peut-être jusqu’au IXème Siècle. À Clatchard Craig près de Newburgh en Fife, le fort faisait près de 100 mètres de long sur 70 de large.

On a également retrouvé, dans la région de l’Angus, près de Dundee, de nombreux souterrains pavés, longs d’une dizaine de mètres, plus larges au bout qu’à l’entrée ; au-dessus, des restes d’habitations semble indiquer qu’ils avaient des rôles de stockage.

 

Les Pictes ont donné naissance à quelques pierres levées et autres gravures aux motifs de poissons, oiseaux, taureaux, sangliers, daims.

 

Bientôt : la langue des Pictes.

 

Les Pictes dans la légende

Dans la légende arthurienne, les pictes constituent l’ennemi, assez loin derrière nos amis les Saxons. En 367, ils font partie de ces barbares qui déferlent sur la Bretagne, vers 400 Stilichon est obligé de refortifier le Mur d’Hadrien puis, dans les années 440 sans doute, c’est pour lutter contre eux que les Saxons sont « appelés » en Bretagne. Ils sont en fait peu présents dans la légende arthurienne en tant que telle, si l’on excepte la bataille dans les bois de Calédonie et celle du Loch Lomond, dans Nennius et Geoffrey.

Tristan serait selon certains un nom picte, car on a retrouvé une inscription portant le nom de « Drustan fils de Talorc », mais la légende de Tristan s’est rattachée assez tard à celle d’Arthur. De plus, on a retrouvé un « Drustan fils de Conomore » en Cornouailles, Conomore étant traditionnellement le roi Marc, et l’inscription étant près de Castle Doré, sa capitale dans le folklore, on ne sait que penser de la piste picte.

 

Imaginez les Pictes…